Maxwell-Baynes est ravi de présenter, en collaboration avec la Galerie REVEL, l’exposition personnelle du talentueux plasticien français Anton Laborde, qui se tiendra du 11 avril au 30 mai 2025 au sein de notre agence bordelaise.
Dans cette série d’œuvres, la marqueterie devient un langage pictural contemporain puissant, entre figuration et métaphore. Une immersion où la nature et l’urbanité se rencontrent, invitant à une réflexion profonde sur notre environnement.

Crédit photo : David Loridan
Une jungle façonnée de bois et de récits
Anton Laborde, plasticien, né en 1999 à Fontainebleau, est remarquable par la maîtrise d’une certaine
technique de marqueterie et par sa vision artistique. Formé en ébénisterie dès 15 ans auprès des Compagnons du tour de France, il développe une rigueur qui structure son travail.
Chaque œuvre est le fruit d’un travail minutieux, réalisé à la main, où différentes essences de bois – érable, sycomore, amarante, citronnier ou encore tulipier, tantôt naturelles, tantôt teintées par l’artiste lui-même, composent des paysages luxuriants, à la fois réels et imaginaires. Ses jungles sont peuplées de figures humaines aux yeux clos, d’objets insolites et de végétation foisonnante. La jungle devient un espace énigmatique, à la fois matrice, mythe et miroir de l’humanité contemporaine.
Une œuvre entre mémoire et modernité
Le travail d’Anton Laborde puise ses racines dans son enfance à Auroville (Inde), ville utopique fondée en 1968 sur une terre désertifiée du sud de l’Inde. Cette expérience marque profondément son rapport à la nature, bien qu’il refuse d’en faire un sujet central. Comme le note Nathalie Viot, historienne de l’art, « Sa pratique marie observation et mémoire, construisant un paysage mental où les souvenirs et les visions futuristes se superposent. »

Technique mixte de collage de bois naturels et teintés sur panneau de bois
Crédit photo : David Loridan
Un regard humaniste et engagé selon Nathalie Viot
Nathalie Viot porte un regard profond sur le travail de l’artiste, pour qui la jungle représente bien plus qu’un simple décor : « Pour lui, la jungle contient tout : elle incarne l’humanité, ses tensions et son harmonie. »
« Ses fresques monumentales, exclusivement consacrées aux jungles, sont à la fois figuratives et métaphoriques. Les figures qu’il y insère, souvent aux yeux clos, plongées dans l’introspection, émergent d’un enchevêtrement végétal, créant une sensation d’apesanteur proche du milieu aquatique. Il n’y a pas de cadre, la jungle déborde vers un univers infini, une turbulence cosmique. »
Son engagement se manifeste dans la représentation des figures humaines, comme c’est le cas avec les œuvres « Danser sous les étoiles » et « L’apaisement de l’indomptable : la boxeuse »



Cette œuvre s’inscrit dans le cycle des « jungles » d’Anton Laborde, une série où la nature, à la fois luxuriante, indomptée et organique, devient le théâtre d’une introspection ou d’une forme de transcendance dès lors qu’une figure humaine y surgit. Ici, le corps féminin, bras levés et gants de boxe en main, s’impose au cœur d’un paysage aquatique vibrant, traversé par des courants puissants et des cascades stylisées.
Mais loin d’être emportée par la force du flux, la figure semble en suspension, comme en équilibre avec son environnement. Elle incarne une lutte — mais une lutte déjà dépassée. Le calme de son visage, la verticalité assurée de ses bras et l’apaisement qui se dégage de sa posture témoignent d’un combat intérieur transcendé. La victoire ne se joue pas contre un adversaire extérieur, mais contre elle-même. La rivière, métaphore du mouvement intérieur, devient l’écho d’une libération intime.
Le choix d’un personnage féminin n’est pas anodin : il affirme une volonté féministe, plaçant la femme au centre d’un processus de transformation et de puissance douce. Elle est à la fois actrice et témoin d’un monde où la force réside dans la pacification de soi, et où la nature, dans toute sa majesté, accueille cette métamorphose silencieuse.

Technique mixte de collage de bois naturels et teintés sur panneau de bois, marqueterie, nacre et feuille d’argent
Danser sous les étoiles mêle figuration et symbolisme : la jungle y est à la fois un espace physique et un territoire mental, une projection de nos désirs, de nos conflits et de notre quête d’harmonie. Dans cette composition nocturne baignée de bleu, un personnage aux yeux clos, comme en lévitation, danse sous un ciel étoilé. Son corps souple et ondulant évoque l’abandon, la liberté, voire une forme de transe. La végétation stylisée, aux formes exubérantes et géométrisées, déborde du cadre, abolissant toute limite entre le réel et l’imaginaire. Les palmiers presque totémiques, la lune en nacre et les contrastes de textures donnent à l’ensemble une dimension onirique. L’artiste fait ici référence à un souvenir collectif d’enfance passé à Auroville, en Inde : un moment de pure liberté et de connexion au monde. Ainsi, cette jungle devient l’extension d’un espace intérieur, un lieu de communion entre l’intime et le cosmos.
Une réflexion critique sur notre rapport à l’environnement
Nathalie Viot souligne également la dimension critique et contemporaine de son œuvre : « Des éléments incongrus – réfrigérateurs, pompes à essence, brouettes ailées – surgissent dans cet écosystème, brouillant la frontière entre réel et imaginaire. […] À travers ces objets, portables, appareils photo…, il interroge notre propre rapport à leur usage et notre dépendance à la technologie, aux réseaux sociaux et à la « connectivité moderne », et ce qu’elle modifie en nous, une forme d’esclavage, d’emprise sur nos vies. »
Ces juxtapositions questionnent notre relation à la nature, à la technologie et à la transformation de notre environnement sous l’influence humaine.

Technique mixte de collage de bois naturels et teintés sur panneau de bois, marqueterie.
Crédit photo : David Loridan
À propos de la Galerie REVEL
Fondée en 2021, la Galerie REVEL est une galerie d’art contemporain engagée dans la mise en lumière d’artistes issus de géographies marginalisées dans les discours artistiques occidentaux. Elle se distingue par sa volonté de défendre une sélection internationale d’artistes émergents et établis dont les œuvres résonnent avec les préoccupations contemporaines, telles que l’identité, le genre, l’écologie, et la décolonialité. La galerie crée un dialogue enrichissant entre le Sud global et l’Occident, privilégiant des voix issues des marges, notamment celles des artistes queer et racisés.
Loin d’être un simple espace d’exposition, la Galerie REVEL est un lieu de réflexion et d’expérimentation qui encourage les artistes à s’affranchir des normes traditionnelles de création, et qui œuvre activement pour la diversification des récits artistiques. À travers cette collaboration avec Christie’s Maxwell-Baynes, la galerie continue de jouer un rôle clé dans l’enrichissement de la scène artistique bordelaise, tout en favorisant des rencontres uniques entre art, culture et patrimoine.